Depuis sa création en 1959, ETA mène une vie instable. Divisée entre lutte armée et négociations avec le gouvernement espagnol le groupe terroriste donne du fil à retordre aux politiques. Un conflit qui dure et qui exaspère la population.
L’émergence du mouvement. ETA voit le jour en 1959 en réaction au régime autoritaire du général Franco qui tente d’éradiquer la culture basque. Le dictateur interdit la langue, brûle les livres en public, supprime les noms basques de la toponymie et des registres d’état civil. Face à cette oppression, une large partie de la population considère alors qu’elle est une nation oppressée par l’Espagne. En s’attaquant à la communauté basque, Franco ne fait que la renforcer et donne aux terroristes indépendantistes une forme de légitimité. « Euzkadi Ta Azkatasuna (« Pays basque et liberté») revendique l’indépendance des provinces basques. Elles sont sept au total, trois en France (Labourd, Basse Navarre, Soule) et quatre en Espagne (Biscaye, Guipúzcoa, Alavara, Navarre).
La violence et le terrorisme ne commencent réellement qu’en 1968. L’organisation tient son premier fait d’arme en 1973 avec l’assassinat de l’amiral Carrero Blanco, dauphin présumé de Franco. Le mouvement qui est à l’époque une des rares forme de résistance est soutenu car le régime franquiste terrorise la population. Il faut attendre la mort du général en 1975 pour qu’une page se tourne et que le Pays basque puisse espérer sa reconstruction. Batasuna (unité) parti indépendantiste basque d’extrême gauche, proche des mouvances marxistes entre dans l’échiquier politique. Il devient la vitrine légale d’ETA jusqu’à son interdiction en 2003.
La même année, l’organisation terroriste connaît une grave crise et se scinde en deux. Une partie des membres cesse la lutte armée au profit des négociations avec le gouvernement. La branche militaire, la plus radicale, décide quant à elle de poursuivre ses actions. C’est l’ETA que l’on connaît aujourd’hui.
Espoirs déchus. Entre 1979 et 1983, le Pays basque est pris en compte par le gouvernement espagnol, des négociations voient le jour. Elles portent leurs fruits, la Communauté Autonome Basque voit le jour en 1979 regroupant les trois provinces espagnoles majoritairement bascophones (Biscaye, Guipúzcoa, Alavara). Un an plus tard le premier gouvernement basque est élu, la langue devient co-officielle avec l’espagnol, les programmes pédagogiques sont adaptés à tous les niveaux de scolarité. La Navarre ou Communauté Forale de Navarre joue bande à part, elle n’obtient ces statuts qu’au nord ouest de la province, seule zone bascophone.
Malgré toutes les avancées obtenues, dont statut d’autonomie du Pays basque, ETA ne jure que par l’indépendance pure et simple du territoire en poursuivant ses actions. Plus de 60% de la population se dit pourtant satisfaite de l’autonomie. La lutte armée s’amplifie, entre 1968 et 1996 l’organisation fait plus de 800 morts, 118 en 1980.
Le temps où la population soutenait ETA est désormais bien loin. L’assassinat en 1997 du conseiller municipal d’Ermua, Miguel Angel Blanco fait déborder le vase. Régler le conflit devient un enjeux politique majeur en Espagne. José Maria Aznar, pourtant conservateur, négocie pour obtenir un deuxième accord en 1998 après la tentative avortée de 1989. ETA décrète une trêve illimitée, suscitant un espoir de paix sans précédent pour les politiques et la population espagnole. Un an plus tard la trêve est rompue, le conflit reprend, plus de 400 sabotages ont lieu en l’an 2000. 23 personnes sont assassinées dont des politiciens, un journaliste basque, des militaires et des policiers espagnols ce qui est une première. Tout dialogue est rompu.
L’échec de Zapatero. Le terrorisme d’ETA s’explique en parti par l’impasse politique. Les partis nationalistes réclament la souveraineté, pour les représentants de la droite et de la gauche espagnoles le statut d’autonomie des Basques de 1979 suffit. Chaque camp représente environ la moitié de l’électorat, mais il impossible que le projet nationaliste voie le jour étant donné que les indépendantistes sont au sein même de leur parti minoritaires. Le terrorisme apparaît donc pour ETA le seul moyen d’accéder à leurs revendications.
En 2003, Batasuna est mis hors la loi alors que l’organisation indépendantiste bat de l’aile après trente six ans de lutte. Le Premier ministre espagnol José Maria Aznar qui a abandonné les négociations, fait tout pour éradiquer le terrorisme. Les arrestations sont si nombreuses que l’ETA semble déstabilisé. Les attentats islamistes du 11 mars 2004 à Madrid font 191 morts et 2 000 blessés. ETA est accusé à tort mais un niveau de violence inédit bouleverse le peuple espagnol. ETA ne commettra plus d’acte terroriste meurtrier.
José Luis Zapatero arrive au pouvoir en 2004 avec la ferme intention de mettre fin au conflit le plus vite possible et met tous les moyens à sa disposition en œuvre. Batasuna pourtant interdit joue un rôle majeur dans les négociations qui ont lieu entre ETA et le gouvernement. En mai 2005, le parlement vote une résolution qui autorise le gouvernement à ouvrir un dialogue avec ETA à conditions qu’elle dépose les armes. Pour accélérer les négociations, le gouvernement discute en coulisse avec l’ETA et conviennent d’un cessez-le-feu en interne. Il est rendu public le 24 mars 2006, trois ans après le dernier attentat mortel. Le 30 décembre 2006, l’attentat à la voiture piégée à l’aéroport de Madrid est une rupture sans préavis du processus causant la mort de deux équatoriens. L’échec est énorme. ETA s’attire ainsi les foudres du gouvernement alors que ses moyens et son organisation sont aux plus mal. Toutefois, beaucoup disent que tel un phénix, ETA renaît toujours de ses cendres, et craignent qu’elle ne commettre un acte d’envergure pour répondre aux récentes arrestations et effacer l’échec de plusieurs attentats.
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